| Systèmes d'exploitation
en aquaculture On peut classer les systèmes d'exploitation
en 4 types
la pêche cueillette la
polyculture d’étang la monoculture contrôlée la
monoculture en circuit fermé
La pêche-cueillette
C'est le système d'exploitation le plus
simple et le plus ancien. Il consiste à
exploiter un stock de poissons sans intervenir
sur les facteurs externes qui conditionnent
le développement de ce stock.
La prise de conscience de la fragilité
d’un écosystème aquatique et les progrès
techniques de ces 20 dernières années ont
profondément modifié ce mode d'exploitation.
La gestion des stocks a supplanté l'exploitation
aveugle des ressources halieutiques.
En effet, la pérennité de la pêche-cueillette
repose sur l'établissement de quotas de
capture et sur l'instauration d'une taille
limite de pêche afin de préserver un nombre
suffisant de géniteurs pour assurer un renouvellement
de l'espèce et optimiser le volume des captures
de la campagne de pêche suivante.
Principe de gestion...
Un milieu donné (une rivière, un étang,
une portion d'océan) a une capacité d'hébergement
en biomasse maximale donnée. Ainsi, un milieu
non exploité et laissé à lui même va atteindre
une capacité maximale d'hébergement et se
stabiliser. A ce stade, il n'y aura plus
de production de ressources exploitables
supplémentaires.
Par contre, une exploitation raisonnée
de ce milieu va créer " un vide "
qui se comblera avec le temps en tendant
vers la capacité maximale du milieu. La
gestion consiste donc à se situer à un stade
proche de la capacité maximale lors de la
période d'exploitation du stock, en laissant
assez d'individus géniteurs pour permettre
la régénération du stock dans l'intervalle
de temps entre 2 périodes d'exploitation.

Ainsi un milieu où l'on effectue des
prélèvements produit dans le temps plus
de biomasse qu'un milieu où l'on ne prélève
rien.
Les difficultés rencontrées...
La gestion des ressources aquatiques
est un problème mondial qui doit se baser
sur un règlement international. Cette échelle
internationale explique la difficulté d'application
de cette mutation. L’estimation du stock de géniteurs est
difficile à évaluer en mer. Cette estimation
est généralement calculée à partir du tonnage
des captures. Or les systèmes de pêche devenus
plus performants augmentent le tonnage des
captures.
Bilan...
L’exploitation d’un milieu naturel permet
d’augmenter son rendement. Une bonne gestion
de l’exploitation consiste à maintenir constamment
un stock suffisant de géniteurs d’années
en années.
La polyculture d'étang
La polyculture d'étang est un stade d'exploitation
des ressources aquacoles plus élaboré que
la simple pêche-cueillette.
Le pisciculteur intervient directement
sur les facteurs de production d'un étang. -
Il modèle son étang pour faciliter la pêche. -
Il aménage au fond de l’étang un chenal
pour recueillir le poisson en période de
pêche. - La profondeur de l’étang ne
dépasse pas 2 mètres afin que tout le volume
de l’étang bénéficie de la lumière naturelle
favorable au développement du phytoplancton.
Il entretient son étang...
- Il limite les végétaux supérieurs pour
favoriser le phytoplancton qui est source
de nourriture du poisson via le zooplancton.
C’est le faucardage. - Il répand de la
chaux vive au fond de l’étang pour augmenter
le pH de l’eau. Un pH de 7 – 8 est favorable
au développement du phytoplancton. C’est
le " chaulage ". - Il cure
régulièrement les fossés qui se comblent
naturellement. C’est le curage.
Il choisit le type d’empoissonnement...
La qualité et la quantité des poissons
sont contrôlées. Il empoisonne avec des
espèces à plus moins bonne valeur marchande.
- 30 % de la biomasse en poissons de
fond : carpe (Cyprinus carpio), tanche (Tinca
tinca). Ils profitent de la partie inférieure
de l’étang. - 60 % de la biomasse en
poissons blancs (poissons de fourrage) :
gardon (Rutilus rutilus), rotengle (Scardinius
erythrophtalmus), ablette (Alburnus alburna).
Ils profitent de la partie supérieure de
l’étang. - 10 % de la biomasse en carnassiers
: perche (Perca fluviatilis), brochet (Esox
lucius) principalement et plus récemment
le sandre (Stizostedion lucioperca) et le
silure (Silurus glanis). Ils prélèvent régulièrement
des poissons dans l’étang.
Ils sont complémentaires les uns des
autres.
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Remarques : Si il y a trop de brochets,
les proies deviennent insuffisantes. La
production diminue. Ils meurent par cannibalisme.
Si il y a trop de perches, l’absence de
vifs va forcer les poissons à se nourrir
de zooplancton. Elles deviennent naines.
- Il limite le développement d’espèces
"indésirables". Ils sont de
faible valeur marchande ou sont considérés
comme nuisibles au développement des autres
espèces. Citons la brême (Abramis brama),
la gremille (Gymnocephalus cernua), le poisson
chat (Ictalurus melas), la perche soleil
(Lepomis gibbosus) et l'écrevisse signal
(pacifastacus).
- Il contrôle la reproduction des
géniteurs et la production de juvéniles.
Il produit des œufs dans une écloserie en
maintenant à l’abri des dures conditions
hivernales des géniteurs. Dans une nurserie,
il produit des larves.
D'autres espèces comme le goujon (Gobio
gobio), le carassin (Carassius carassius),
l'able (Leucaspitus delineatus), les grenouilles
et les écrevisses (Astacus astacus, Astacus
leptodactylus), sont moins communes en pisciculture
d'étang.
La monoculture contrôlée
Dans ce type de production, le pisciculteur
contrôle totalement la reproduction et l'alimentation.
Il ne contrôle cependant pas deux facteurs
importants : l'eau et le climat.
Cette monoculture contrôlée peut revêtir
plusieurs formes. Citons l'élevage en cages
flottantes et l'élevage en bassins hors-sol.
Les cages flottantes sont utilisées pour
l'élevage du saumon (Salmo salar) ou de
nouvelles espèces comme le bar (Dicentrarchus
labrax) et la daurade (Sparus aurata) en
Méditerranée. Des cages sont placées directement
dans le milieu naturel et on contrôle l'alevinage
et la nourriture. Les poissons sont totalement
dépendants de la nourriture exogène et sont
soumis aux aléas climatiques. L'élevage
en monoculture permet d'optimiser l'alimentation
(aliments spécifiques et ration alimentaire)
et la reproduction (sélection de souches).
Les bassins hors sol sont utilisés dans
des endroits ou l'on ne dispose pas d'espace
suffisant dans le milieu naturel. Ce type
de bassin est utilisé pour la production
de salmonidés (truite arc-en-ciel (Oncorhynchus
mykiss), truite fario (Salmo trutta) et
le saumon de fontaine (Salvelinus fontinalis)).
La pisciculture hors sol permet de contrôler
les rejets polluants issus d'un élevage
intensif ce qui est impossible dans le cas
des cages flottantes.
La monoculture contrôlée a permis de
soutenir la demande commerciale.
Elle est utilisée pour la plupart des
salmonidés, les tilapias, les esturgeons
et même quelques espèces marines.
La monoculture en circuit fermé
Les progrès technologiques de cette dernière
décennie ont permis l'élaboration d'un nouveau
système d'élevage qui permet de contrôler
la totalité des facteurs de production.
C'est ce que l'on appelle le circuit fermé,
nom qui fait allusion au circuit de l'eau
à l'intérieur de l'élevage : on utilise
toujours la même eau sur le principe du
recyclage.
Ce circuit fermé peut être extérieur
ou intérieur. Il permet de s'affranchir
des besoins en eau, des aléas climatiques,
des cycles saisonniers et de contrôler tous
les paramètres. Cela permet d'augmenter
le nombre de sites candidats à la création
d'une pisciculture et permet également de
s'intéresser à de nouvelles espèces "fragiles"
ou non adaptées au climat de la région géographique.
Cela ouvre également la perspective de contrôler
les stades délicats de l'élevage tels que
la maturation sexuelle des géniteurs et
l'élevage larvaire.
Principe de fonctionnement
du circuit fermé
Le principe de base des techniques de
filtration est du même type que les systèmes
aquariologiques et résultent des principes
et techniques issus de l’industrie du traitement
des eaux. Ce sont les progrès techniques
de la filtration qui ont permis d'intensifier
la production en augmentant la densité des
poissons ( )et en rendant ce mode de production
rentable pour les espèces à forte valeur
ajoutée et pour les juvéniles.
Citons dans ce cadre l'élevage du silure
et de la perche ou encore du turbot. De
nombreuses autres espèces se pressent à
la porte.
La filtration de l'eau se fait en plusieurs
étapes. La filtration mécanique supprime
les matières en suspension et on obtient
des boues. Vient alors l'étape la plus importante
qui est l'épuration biologique de l'eau.
Des bactéries fixées sur un support solide
transforment les déchets azotés toxiques
en substances azotées solubles non toxiques.
Ainsi l'ammoniaque est transformé en nitrites
et les nitrites en nitrates. Le pisciculteur
doit veiller à combler les besoins des poissons
ainsi que ceux des bactéries. La principale
réaction est la suivante :

Durant cette réaction aérobie, il y acidification
du milieu : le pisciculteur doit rectifier
le pH en utilisant des solutions carbonatées.
Ce système de circuit fermé peut être
poussé à l'extrême et le recyclage peut
être total : c'est la notion de circuit
intégré. Il n'y a aucun rejet dans le milieu
extérieur, donc ni perte d'énergie, ni pollution.
Propos recueillis auprès de Nicolas MATHIS Ingénieur agronome
- Doctorant en Ichtyologie au Laboratoire de Sciences Animales de l’ENSAIA-INPL
de l’Université Henri Poincaré de Nancy1
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